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À la découverte du cacao tanzanien

9 novembre 2015 | Catégorie : Non classé, Plantations

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La Tanzanie est un petit producteur de cacao : 8 mille tonnes environ en 2014/2015 d’après les estimations de l’ICCO, soit…0,19% de la production mondiale. Mais son cacao jouit d’une bonne réputation : la production est de bonne qualité, avec des flaveurs intéressantes. La filière bénéficie de deux atouts majeurs : une bonne traçabilité du cacao, la prépondérance de l’agriculture biologique.

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Le cacao est cultivé par environ 25 000 fermiers, essentiellement dans la région de Mbeya : dans le district de Kyela, au bord du lac Malawi (lac Nyassa) et dans le district adjacent de Rungwee. Les parcelles y sont toutes très petites. Une enquête datant de 2008 indiquait qu’à Kyela un fermier possédait en moyenne 1,8 ha de terres, dont 0,6 ha en cacaoyères (*). Une autre zone de production se situe dans la Kilombero Valley (région de Morogoro) où la culture du cacao a démarré dans les années 80 mais a véritablement pris son essor à partir de 2010. D’autres vergers existent à Turiani ainsi que dans le Tanga près des Monts Usumbara.

Nous avons passé plusieurs jours sur les routes et pistes de Kyela. En moto-taxi d’abord pour visiter quelques fermes avec un technicien agricole puis en 4X4 avec des agents de terrain de TechnoServe, une ONG ayant développé depuis 2009 un important programme d’appui aux planteurs. Nous avons ensuite quitté les rives du lac Malawi pour aller à Mbingu, dans la Kilombero Valley, où nous avons passé quatre jours chez Kokoa Kamili.

Ce qui nous a surpris en tout premier lieu, c’est qu’en général les plantations n’ont que peu, voire pas d’ombrage permanent. Certes les jeunes cacaoyers sont toujours à l’ombrage de bananiers. Et certes nous étions en fin de saison sèche et nous avions encore les images de la cabruca bahianaise en tête. N’empêche qu’à notre avis nombre d’arbres devaient souffrir de la canicule…et peut-être plus que nous.

Par contre les vergers nous paraissaient relativement sains, surtout à Mbingu où les plantations sont récentes. «Les maladies n’ont pas encore eu le temps de bien s’adapter» me faisait observer un fermier. Les maladies et les attaques de nuisibles sont malgré tout un sujet de préoccupation. N’utilisant aucun produit chimique, les fermiers se sentent souvent démunis pour lutter contre les maladies, notamment la pourriture brune. Les décoctions à base de Neem (Azadirachta indica) sont un remède souvent cités.

Les origines variétales? Diverses, et mal connues apparemment. Des allemands ont introduit le cacao au Tanganyika à la fin du XIXe (dans la région de Tanga), avec des plants en provenance du Cameroun et d’origine amazonienne. Puis seraient venus des plants d’autres pays (Ghana, Nigeria et même Indonésie), avec sans doute des passages par l’Ouganda (réf : l’article de C-Spot sur la Tanzanie). À notre connaissance, il n’y a pas eu d’études entreprises pour une meilleure connaissance du matériel végétal présent. À Kyela, on parle donc d’un «mix de Criollo, Trinitario, Forestaro». Pour étendre ou renouveler leurs plantations, les fermiers choisissent tout simplement de belles graines parmi leurs arbres les plus productifs. Les techniques de greffage ne sont pas maitrisées, ce qui ne posent pas de problèmes à Mbingu (les plantations sont jeunes) mais qui seraient très utiles à Kyela.

La Tanzanie est un pays pauvre, classé  159sur 187 dans la liste IDH du PNUD (2014). Les conditions de vie en zones rurales sont difficiles, même à Kyela et dans le Kilombero. Et il est à noter qu’un certain nombre de fermes sont tenues par des veuves. Le travail des enfants n’est pas un fléau majeur dans la région, mais nous sommes toujours attristés quand nous voyons un enfant ouvrir des cabosses à la machette.

Les paysans se plaignent toujours des prix de vente trop bas. Mais tous les planteurs rencontrés nous ont confirmé que le cacao est une source de revenu importante pour eux et que s’ils le pouvaient ils planteraient plus d’arbres. Cela est difficile dans le Kyela où la pression foncière est très forte (mais la densité des arbres pourraient souvent être augmentée assez facilement). C’est beaucoup plus facile dans le Kilombero.

La production tanzanienne de cacao augmentera dans les années à venir. Et nous sommes certains que sa qualité s’améliorera également avec une meilleure maîtrise des traitements post-récoltes. Pour la première fois cette année, la Tanzanie a pu participer au International Cocoa Awards organisé par le Cocoa of Excellence Programme. Les deux producteurs ayant envoyés des échantillons se sont classés parmis les 50 nominés : Mababu FBG et Kokoa Kamili. Nous sommes fiers d’avoir eu l’intuition de les visiter tous les deux, et ce avant la publication des résultats.

Gabriel Metz

(*)  A. Nyomora, Z. Kanyeka and A. Ndunguru ‘Supporting Tanzania’s Cocoa Farmers’, Research Report 12/3, Dar es Salaam, REPOA

 

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