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Programmes de cacao durable : à chacun ses assistés ?

16 février 2015 | Catégorie : Filières

Logos_de_programmes_cacao_durableTous les principaux transformateurs de cacao et fabricants de chocolat ont mis en place des programmes de développement durable. Et investissent beaucoup pour le faire savoir…Mais l’assistance technique et sociale ainsi apportée permet-elle de renforcer l’autonomie et les capacités de négociation des planteurs ? Sans doute pas.

Les programmes étiquetés « développement durable » s’articulent tous plus ou moins autour des mêmes axes d’intervention : mise en place de pépinières pour renouveler les vergers avec du matériel végétal plus productif, formation des planteurs à des pratiques culturales jugées plus performantes, assistance pour obtenir une certification et donc fournir du cacao bénéficiant d’un label équitable. Cette assistance technique est complétée par des programmes sociaux : points d’accès à l’eau potable, dispensaires de santé, écoles primaires, mises en place de panneaux solaires, etc. Dans les pays où l’exploitation des enfants est encore une plaie sociale, on insistera encore plus sur la construction d’écoles et la fourniture de matériel scolaire.

Il n’est évidemment pas question pour nous de remettre en cause le besoin de renforcer et d’accélérer les initiatives d’appui aux producteurs. Et encore moins de dévaloriser l’engagement sincère des acteurs de terrain dans la mise en œuvre des programmes d’appui, ni même de douter de l’engagement éthique des équipes « corporate responsability » des multinationales du secteur. Nous pensons toutefois qu’il peut y avoir plusieurs grilles de lecture lorsqu’on examine l’abondante littérature produite par ces sociétés et leurs associations. Et qu’il y a matière à investigations et débats si possible constructifs.

Miniature_TableauProgrammesCacaoEn premier lieu, il faut constater le nombre de programmes différents. Chaque groupe ou presque a son propre programme, et participe (plus ou moins) à des initiatives communes. Nous avons commencé à faire un tableau récapitulatif sociétés / programmes que nous espérons pouvoir compléter au fur et à mesure (téléchargeable ici).

Pourquoi chaque société a-t-elle son programme ? L’enjeu essentiel est de s’assurer l’accès à la matière première, dans les meilleures conditions. Un article de la revue Ethiquable le rappelle de façon simple et condensée : « Ces démarches de développement durable répondent avant tout à la volonté des entreprises d’accroître la qualité du cacao collecté et de sécuriser leur approvisionnement de cacao, dans un contexte où la concurrence entre géants du cacao est chaque jour plus forte » (Cacao : sa filière en crise & le commerce équitable). En plus il faut faire vite car la course aux « 100% certifiés durables » impose d’afficher des objectifs ambitieux. C’est pourquoi il faut absolument «former » les planteurs, leur fournir le matériel végétal qu’on estime être le plus rentable, et les encourager vivement à suivre un cahier des charges précis. Un planteur bénéficiant de l’assistance du groupe X appliquera alors les consignes de ce groupe X et signera un contrat (via sa coopérative) qui fera que sa production sera destinée à l’approvisionnement du groupe X. Quoi de plus logique ? Et de plus efficace ? Mais si ce planteur était considéré comme un ouvrier agricole du groupe X ? Ne conviendrait-il pas de relativiser le discours social, éthique, responsable déclamé de façon si enthousiaste à travers les volumineux rapports de responsabilité sociale et développement durable ? Peut-on faire passer en « aide au développement » la formation de sa main d’œuvre ? Le discours des entreprises nous parait souvent ambigu. Il est certes logique qu’une société investissant dans l’appui aux planteurs ne souhaite pas que la récolte des bénéficiaires soit vendue à la concurrence. Mais s’il y a une obligation d’exclusivité (contractuelle ou de fait), il conviendrait tout au moins de ne pas la passer sous silence. Assistance technique, mais à chacun ses assistés et les parts de marché seront bien gardées ? Avec 10% de « premium » accordés par rapport aux prix standards du marché ? Rappelons que pour une culture agricole, le meilleur engrais est le prix.

Bien sûr, la multiplicité des programmes n’a pas que des inconvénients. Chaque acteur a ses spécificités et ses atouts pour contribuer au développement du secteur et à l’amélioration de la filière. Et la capitalisation des expériences permet d’améliorer les programmes.

Il convient aussi de souligner les efforts entrepris actuellement pour élaborer et mettre en œuvre des projets et partenariats de développement associant l’ensemble des principales entreprises du secteur, au sein de la Word Cocoa Foundation . Ainsi la stratégie CocoaAction est la première initiative d’envergure associant 12 multinationales sur une base de non-compétition, pour des actions concertées entre les membres de l’industrie et les gouvernements ivoiriens et ghanéens (cf. le communiqué de presse en français, pour la Côte d’Ivoire (téléchargeable ici).

Quant aux volets sociaux de ces programmes, des questions de fonds mériteraient d’être posées. Sur l’assistanat en palliatif de l’absence de moyens ou de politiques des pouvoirs publics locaux. Sur la gouvernance effective des projets. Sur le rapport efficacité / coûts des actions sociales. Sur les parts relatives entre dépenses concrètes sur le terrain et frais de communication pour les mettre en valeur. Mais il s’agirait alors d’écrire un autre billet d’humeur.

1 Commentaire

  1. Climat et marché incertain pour le cacao - […] peut consulter le rapport d’avancement à mars 2015.  Et bien d’autres initiatives(cf. notre article à ce sujet). Rappelons que leur …

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