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Climat et marché incertain pour le cacao

27 septembre 2015 | Catégorie : Filières

Cocoa Market Outlook

Une conférence de l’ICCO sur les perspectives du marché du cacao s’est tenu à Wembley (Londres) le 22 septembre 2015 et a rassemblé une centaine d’organisations : représentants gouvernementaux et autres acteurs institutionnels, grandes compagnies du secteur  (transformateurs, couverturiers…), traders, cabinets de conseils, ONGs, une poignée de planteurs, une autre de chocolatiers.
eCacaoS était présent. Nous n’évoquerons ici que quelques points glanés au cours de cette journée. Pour plus d’informations, et une pléthore de graphiques, les présentations sont disponibles sur le site de l’ICCO.

Sur l’offre de cacao et l’équilibre du marché

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Pas de «chocoapocalypse»

Cinq ans de surplus, Cinq ans de déficit: le stock devrait pouvoir amortir les déficits des prochaines années, selon Laurent Pitipone, directeur de la division Économie et Statistiques à l’ICCO. L’Organisation a toujours démenti les récentes prévisions alarmistes (voir notre article «Déficit en2020, fait ou fiction»).

Encore beaucoup d’incertitudes sur ce que sera la campagne 2015/2016

Tout d’abord il faut constater qu’on ne sait pas vraiment expliquer la récolte catastrophique du Ghana en 2014/2015. On pourrait certainement évoquer une bonne douzaine de causes, mais les analyses restent confuses sur la chute de production du 2e producteur mondial.
Le Ghana continuera-t-il à décliner ou connaitra-t-il un rebond ? Les résultats de la Côte d’Ivoire seront-ils bons ou la récolte intermédiaire sera-t-elle décevante si le mauvais temps persiste ? Trois récoltes record de suite semblent improbables. Dr. Edward George, responsable de la recherche sur les matières agricoles pour le groupe Ecobank, souligne qu’un des aléas clés de El Niño sera son impact sur l’Harmattan qui affectera tant la 2e moitié de la récolte principale que le développement de la récolte intermédiaire. Et quel sera l’impact d’El Niño en Équateur ? Euan Mann, président du cabinet d’analyse Complete Commodity Solutions, envisage un déficit mondial de 125 000 tonnes en 2015/2016, avec une production ivoirienne à 1 100 000 tonnes et ghanéenne de 600 000.

L’Amérique latine en poupe, l’Asie déclinante

L’Afrique représente actuellement 72% de la production mondiale, l’Amérique latine 18% et l’Asie-Océanie 10%. Mais si la production africaine a augmenté de 48% entre 2000 et 2015, c’est par extension des surfaces cultivées. Les rendements stagnent. Il n’y a plus beaucoup de terres à conquérir (à déboiser).
L’Amérique latine, c’est 84,2% de croissance entre 2000 et 2014. Elle est la seule région où tant les rendements que les surfaces cultivées augmentent. C’est également la seule où ils existent de grandes plantations. Douglas Hawkins du cabinet de recherche Hardman &Co souligne que sur les 47 plantations commerciales supérieures à 200 ha qui ont pu être recensées de par le monde, 38 se situent en Amérique. 220 millions de dollars d’investissement y sont déjà engagés pour étendre ou créer de nouvelles plantations commerciales.
L’Asie est en déclin : 15,4%,  avec des rendements décroissants. L’Indonésie avait auparavant compensé la chute de la production malaysienne. Mais maintenant les cacaoyères indonésiennes souffrent de maladies et de la concurrence d’autres spéculations agricoles. L’Asie a perdu sa «culture» du cacao. Une baisse tendancielle des prix de l’huile de palme pourrait toutefois y susciter un regain d’intérêt pour le cacao.

La durabilité : toujours source d’inquiétude…et de programmes d’action

La filière cacao se caractérise par un contraste saisissant entre d’une part un secteur aval de transformateurs et de couverturiers hyper concentrés et des millions de producteurs très fragiles d’autre part. Un secteur de la confiserie-chocolaterie de 120 milliards de dollars par an dépend d’une production agricole parmi les moins sophistiquées.
Producteurs vivant sous le seuil de pauvreté, travail des enfants en Afrique de l’Ouest, cacaoyères vieillissantes, risques climatiques : le cacao est amer. Plutôt que de nous risquer à de longs développements, nous ne pouvons que conseiller la lecture et la relecture du Cocoa Barometer 2015 (téléchargeable sur le site du Barometer Consortium ou directement ici, 3Mb).
Bien sûr, il y a des programmes d’appui comme CocoaAction, dont on peut consulter le rapport d’avancement à mars 2015.  Et bien d’autres initiatives(cf. notre article à ce sujet). Rappelons que leur objectif principal est d’augmenter les rendements des cacaoculteurs. Or le secteur n’évoluera pas assez vite sans une augmentation des revenus des paysans. Et comme l’a souligné Friedel Hütz-Adams du Südwind Institut, on ne dispose pas assez de données sur les coûts de production et partant sur les revenus des producteurs. Par conséquent, il est à craindre que certaines préconisations productivistes n’améliorent pas significativement ces revenus.

Sur le broyage

Le ratio stock de fèves / demande est tombé à un niveau historiquement bas

Ce ratio est actuellement de 40%. Les perspectives des broyages ne sont pas favorables. L’activité est freinée par les stocks abondants de poudre de cacao, les marges de transformation très basses et la croissance atone de la demande de chocolat.

La Côte d’Ivoire est devenu le premier transformateur, dépassant les Pays-Bas

Les dernières statistiques donnent 560 000 tonnes en Côte d’Ivoire contre 516 000 aux Pays-Bas. La part des pays producteurs représentent maintenant 42% du total de broyage.

Mais la capacité de transformation de l’Afrique de l’Ouest a atteint un plateau

Le broyage en Côte d’Ivoire a connu une croissance de 51% ces 5 dernières années mais il atteint un plateau et de fait le pourcentage la production ivoirienne de fèves transformées sur place est en diminution. Le broyage au Ghana a diminué, en raison d’une moindre disponibilité de fèves lors de la récolte intermédiaire.

Sur les marchés à terme

Source: http://www.nasdaq.com/markets/cocoa.aspx au 27 sept 2015

Source: http://www.nasdaq.com/markets/cocoa.aspx au 27 sept 2015

Cinq contrats différents sont proposés

Il s’agit de l’ICE New York (en USD), l’ ICE Londres (GBP), le nouveau ICE en Euro,  le CME Future (EUR),  le CME Financial (EUR). La couverture la plus efficiente serait encore de négocier sur l’ICE en livre sterling, puis de se couvrir sur le forex GBP/EUR.

Les marchés à terme prennent mal en compte le déplacement de la transformation

Selon Jonathan Parkman du courtier Marex Spectron les marchés à terme ne s’adaptent pas encore au déplacement des broyages mondiaux vers l’Afrique de l’Ouest mais aussi l’Asie. Ainsi ni l’ICE ni le CME offrent un mécanisme adéquat pour la Côte d’Ivoire.

Et, enfin, sur la demande

Coeurs_chocolatLa consommation de chocolat est morose (vraiment ?)

Dans les pays développés, la croissance de la demande est en panne. Selon Jack Skelly d’Euromonitor, trois facteurs se conjuguent : le niveau de consommation déjà élevé, des considérations diététiques (les calories …) et un choix toujours plus grand d’autres confiseries et en-cas. Ainsi aux États-Unis, la consommation a baissé de 3 % en volume entre 2010 et 2015.
La crise économique devrait aussi être citée. Celle observée dans les pays émergents fait que les prévisions optimistes de l’année passée sont loin de se réaliser, bien au contraire. Aussi, d’après les analyses de Nielsen, la demande mondiale de chocolat a baissé de 2,1% entre septembre 2014 et mai 2015. Le consommateur réagit à la hausse des prix de ses friandises. Francesca Kleemans de Cargill estime qu’il faudrait attendre une baisse des prix du cacao pour que la demande globale retrouve sa croissance habituelle de 2% par an.

Les prix de détail augmentent certes mais le chocolat reste souvent un produit d’appel

Entre 2010 et 2015, les ventes de chocolat ont augmenté de 2% en Europe et de 4% en Amérique du Nord – en valeur. Dans les pays développés on s’accorde donc du chocolat de plus grande qualité, même si c’est moins souvent.
Toutefois il ne faut pas oublier que le chocolat y reste encore essentiellement un produit de consommation courante. Francesca Kleemans l’a bien illustré avec quelques exemples : en Allemagne, 60 % du chocolat est vendu chez les discounters et 38 % en supermarché. Plus du tiers du chocolat est vendu en promotion. Selon Jack Skelly, un allemand devrait travailler 2,2 minutes pour pouvoir s’accorder une tablette de 100 g (7,3 mn en moyenne dans les pays développés; rien à voir avec un égyptien qui aurait besoin de 49,3 mn).

Les stratégies des industriels s’adaptent au niveau de développement

Dans les pays développés, les axes stratégiques sont de monter en gamme avec des produits «premium», de se concentrer sur la valeur (bref : augmenter les prix) et de privilégier les actions à court-terme de lancement de nouveaux produits, le packaging, etc. Dans les pays en développement, il faut au contraire viser le marché de masse, en se battant sur les volumes, en distribuant des produits à petit prix, et en privilégiant une démarche à long terme.

Le marché du cacao fin: plaidoyer pour un lien direct entre producteurs et artisans

La conférence s’est terminée par une présentation de Martin Christy, juge en chef des International Chocolate Awards et président de Direct Cacao. Ce fut l’occasion pour ce militant du «fine flavour»  qu’il ne peut y avoir de chocolat fin sans cacao fin.

Nous aborderons ce dernier sujet plus longuement à l’occasion du Origin Chocolate Event le 24 octobre à Amsterdam, où nous nous empresserons d’aller juste après nos visites de plantations en Tanzanie.

 

Liste des diaporamas présentés lors de la conférence de l’ICCO Cocoa Market Outlook du 22/09/2015. Les documents sont téléchargeables sur le site web de l’ICCO.

Nom du fichier Organisation Titre de la présentation
1 – Laurent Pipitone.pdf ICCO Cocoa supply & demand: what to expect in the coming years?
2 – Euan Mann.pdf Complete Commodity Solutions 2015/16 Supply/Demand Overview
3 – Francis Oppong.pdf Ghana Cocoa Board Ghana’s Efforts at Sustaining Cocoa Production
4 – Edward George.pdf Ecobank In the Shadow of El Niño: Outlook for West Africa’s 2015/16 Cocoa Season
5 – Doug Hawkins.pdf Hardman agribusiness Latin America To Reclaim Production Leadership?
Revised Friedel Hütz-Adams presentation.pdf Südwind-Institut – VOICE Network The long way to a living income (Based on: Cocoa Barometer 2015)
7 -Beate Weiskopf GISCO Can Ivorian cocoa producers live on their income?
8 – Nira Desai.pdf CocoaAction / World Cocoa Foundation Evaluating Profitability of Cocoa Farming in West Africa
9 – Jonathan Parkman.pdf Marex Spectron Cocoa Futures and options markets: a good fit for industry needs?
10 – J Ganes Consulting [Compatibility Mode].pdf J. Ganes Consulting Cocoa Futures & Options: Are They a Good Fit for the Industry?
11- Michele Nardella.pdf ICCO Market concentration and vertical integration
12 – Francesca Kleemans.pdf Cargill Cocoa & Chocolate Prospects for cocoa processing
13 – Jack Skelly.pdf Euromonitor International Juggling Growth Priorities in Chocolate
14 – Jerwin Tholen.pdf KPMG Advisory Little moments of happiness: where, when, why and what?
15 – Martin Christy.pdf Direct Cacao / International Chocolate Awards / The Chocolate Way / Seventy’s A taste-driven chocolate market – craft producers, direct sourcing & the economics of flavour

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