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Cacao et empreinte carbone : déforestation ou agroforesterie ?

27 août 2015 | Catégorie : Filières

La demande croissante en cacao pousse à conquérir de nouvelles terres, et ceci peut se faire au détriment de forêts primaires qui sont déboisées pour laisser la place à de nouvelles plantations de cacaoyers. Cela entraine un bilan carbone négatif. Un article de Nancy Harris du World Resources Institute (WRI) en apporte une illustration remarquable en prenant pour exemple la plantation d’United Cacao au Pérou : 2000 ha de forêts primaires déboisées en 2013 dans la région de Loreto au Pérou (voir notre article à ce sujet). Même si la compagnie allègue que la zone n’était pas de la forêt mais une zone dégradée, Matt Finer de l’Amazon Conservation Association a pu démontrer le contraire, images satellite à l’appui.

Une étude de Greg Asner de la Carnegie Institution for Science (Stanford University) a estimé que chaque hectare de cette forêt anéantie contenait 122 tonnes de carbone. WRI estime que la cacaoyère d’United Cacao n’en capturera au cours de sa vie qu’environ 40 tonnes. En multipliant par 2000 ha, l’impact négatif serait donc de 600 000 tonnes. Ce qui représente d’après l’article de la WRI l’équivalent des émissions de CO2 d’une voiture qui ferait 60 000 fois le tour de la terre. Bel exemple des dégâts engendrés par la mainmise d’une société commerciale sur des ressources naturelles mal protégées.

Extrait de "How Much Rainforest is in that Chocolate Bar", Nancy Harris, WRI

Cet exemple dénonce concrètement l’impact négatif que peut avoir l’extension de la culture du cacao lorsqu’elle s’attaque aux zones forestières vierges de l’Amazonie. Il ne faudrait pas oublier que ces dégâts sont connus depuis longtemps en Afrique de l’Ouest. De plus, les programmes de certification censés encouragés les « bonnes pratiques » n’y sont pas forcément opérants. Un article remarquable du blog d’Inter-Réseau est très direct sur ce qui se passe en Côte d’Ivoire  : «Le processus de certification masque la réalité des défrichements massifs de la forêt tropicale repris au cours des années 2000, aux dépends des forêts classées. Sur ce plan, la certification est proche de l’illusion : le processus de défrichement massif continue et quelques années plus tard, les plantations sont tranquillement certifiées» (Certification du cacao, stratégie à hauts risques, François Ruf & al., 2013).

L’article de la WRI souligne à juste titre qu’il est possible de faire autrement, notamment en améliorant le rendement des plantations existantes et par extension de cacaoyères sur des zones dégradées qui seraient ainsi restaurées. Les auteurs mentionnent brièvement le projet péruvien de Tambopata REDD dans le Madre de Dios où les planteurs échangent des engagements de non-déforestation contre un appui financier et une certification Fairtrade. Les plantations en agroforesterie et la densification en arbres d’ombrage permettent de capturer plus de carbone. Le système d’agroforesterie dit de Cacau Cabruca au sud de l’Etat de Bahia est un exemple de bon maintien de l’environnement. Une récente étude souligne les potentialités d’une reforestation de pâturages en Amazonie, au sud de l’État du Pará (Commodity production as restoration driver in the Brazilian Amazon? Pasture re-agro-forestation with cocoa (Theobroma cacao) in southern Pará). En Équateur, des programmes de replantation en agroforesterie sont également en cours (une inversion de tendance…). Au centre du Cameroun, des chercheurs du CIRAD ont démontré que les agriculteurs installant leurs cacaoyères sur des savanes participent au contraire au reboisement (Cultiver la biodiversité pour transformer une savane en cacaoyère productive).

Alors qu’elle est l’impact carbone du chocolat ? Cela dépend donc notamment de comment le cacao fut produit. L’article du WRI mentionne bien entendu les difficultés méthodologiques pour calculer les émissions de carbone. Il rappelle que les estimations prennent le plus souvent pas ou mal en compte le changement d’affectation des terres résultant de la plantation de nouvelles cacaoyères. Ainsi une estimation faite  par Cadbury en2008 indiquait qu’un gramme de son chocolat au lait Dairy Milk représentait 3,45 g de CO2 (essentiellement à cause du lait). Mais cette étude ne prenait pas en compte l’impact de la déforestation. Les calculs de WRI prennent le cas d’United Cacao et aboutissent à doubler l’impact : 6,8 g pour un gramme de chocolat au lait et 10,1 g pour du chocolat noir (leur démonstration est téléchargeable sur le site de WRI).

Pour WRI il est donc important que les producteurs se soumettent à des standards de durabilité (comme ceux de Sustainable Agriculture Network et que soient utilisés des outils de surveillance comme ceux du Global Forest Watch.

Tout ceci nous amène à nous poser la question: que puis-je faire en tant que consommateur individuel ? Est-ce pêcher que de savourer la «nourriture des dieux» ? Pour se donner bonne conscience et obtenir l’absolution faut-il acheter des «indulgences» (comme au Moyen Age), c’est-à-dire de belles images : les «logos» apposés sur les emballages politiquement corrects ? C’est surement mieux que rien. Mais l’essentiel me semble plutôt d’encourager les chocolatiers capables de prouver l’origine de leurs fèves et qui privilégient les circuits courts comme par exemple ceux de Direct Cacao.  Et de prendre son temps pour partir à la découverte de nouveaux chocolats.

Gabriel Metz

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