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Un court séjour à Kokoa Kamili (Tanzanie)

15 décembre 2015 | Catégorie : Post-récolte

Nous avons passé quatre jours dans la Kilombero Valley, en Tanzanie, pour visiter Kokoa Kamili et des plantations aux environs. Kokoa Kamili est une entreprise tanzanienne qui a démarré en 2013. Elle achète du cacao frais pour le traiter et exporter des fèves de qualité.

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Nous avons pu étudier son centre d’achat et de traitement post-récolte situé à Mbingu, un village à environ 10 heures de route de Dar es Salaam. Cela grâce à l’hospitalité et la disponibilité de M. Simran Bindra, cofondateur, et de son équipe.

Kokoa Kamili achète du cacao frais (les graines après ouverture des cabosses). Dans la région de Mbingu, la plupart des fermiers ne possèdent que de très petites plantations, parfois inférieures à 0,5 acres (0,2 ha). Nous avons visité plusieurs fermes lors de notre séjour, dont une «grande» de 18 acres au total, une exception. Mais même avec de si petites parcelles le cacao est une culture de rente qui représente une source majeure de revenus pour les paysans. Et la présence de Kokoa Kamili est une forte incitation pour eux : l’entreprise s’engage à leur payer un premium. En comparaison des autres acheteurs (Olam par exemple), le prix peut être supérieur de 25%. Cela encourage les planteurs à mieux gérer leurs arbres et à récolter des cabosses ayant la bonne maturité. Vendre du cacao frais leur permet également de gagner du temps et de réduire les risques de mauvaise fermentation ou de séchage insuffisant, ce qui arrive fréquemment là où l’on ne traite que de petites récoltes et avec la plupart des fermiers manquant encore des compétences nécessaires pour produire des fèves de qualité. Pour encourager encore davantage les planteurs, Kokoa Kamili a commencé à vendre des plants à un prix symbolique (100 shillings, soit 4 centimes !) et un agronome expérimenté, Mr. Elisane Mnatambwe, est toujours disponible pour aller sur le terrain et apporter des conseils techniques.

Pour le moment Kokoa Kamili opère de fin mai à fin décembre. Elle pratique deux méthodes de collecte. Le paysan doit apporter son cacao au centre si la quantité est inférieure à 50 kg. Si la quantité est supérieure la collecte se fait directement à la ferme. Il existe également une petite station d’achat décentralisée à Chiwachiwa, un petit village à 25 km environ de Mbingu (un trajet sur une piste très cahoteuse).

Ce qui nous a surpris dès le départ, c’est que Kokoa Kamili accepte de très petites quantités. Nous avons vu des personnes amenant 2 kg de cacao frais, et cela pourrait descendre jusqu’à 1 kg. Un jour, nous avons pu constater que 89 acheteurs s’étaient présentés au centre, pour un total de seulement 881 kilos de cacao frais. De fait, sur les 2600 acheteurs enregistrés, 2000 ne vendent que de très faibles volumes. Des fermiers ouvrent les cabosses récoltées sur les quelques arbres entourant leurs maisonnées, transportent les graines en bicyclette et à pied et les vendent juste avant d’aller au marché du village. Le samedi peut être un jour très chargé, les vendeurs venant pour gagner un peu d’argent avant une cérémonie ou une fête familiale le dimanche. Le cacao, c’est du cash.

En principe, le délai entre l’ouverture des cabosses et la réception au centre ne dépasse jamais 12 heures. Les grains sont laissées à égoutter pendant une nuit puis mises dans la première caisse de fermentation. Cette fermentation suit le procédé classique des 3 fois 2 jours.

Après six jours, les fèves sont mises à sécher sur des claies au soleil. Elles sont brassées au moins 3 à 4 fois par jour. Les claies sont bien entendu entreposées dans des hangars chaque nuit et en cas de pluie. (D’ailleurs cela nous a donné l’occasion de bien commencer chaque matin par un petit exercice physique). Le séchage dure de 5 à 6 jours.

Les fèves sont ensuite méticuleusement triées, à la main. Seules les fèves de très bonne qualité seront ensachées puis exportées.

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En fait, le contrôle qualité est assuré à chaque étape de traitement. La teneur en sucre des pulpes est mesurée. La température de fermentation est contrôlée au moins chaque matin et bien sur le taux d’humidité des fèves est attentivement surveillé. Kokoa Kamili expédie des fèves avec un taux d’humidité de 6%, un pourcentage inférieur à ce qui se fait d’habitude car l’essentiel de sa production subit un voyage particulièrement long. À ce jour Kokoa Kamili vend principalement aux États Unis, à Meridiancacao par exemple. Son cacao a été nominé au concours Cocoa of Excellence 2015, un succès encourageant pour cette société encore jeune.

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La production a démarré en 2013, avec 25 tonnes de cacao marchand. En 2015 elle se situera entre 75 et 80 tonnes. Elle doit encore augmenter pour devenir réellement profitable. Le potentiel de croissance existe : la capacité de fermentation est d’environ 150 tonnes.

Nous avons beaucoup appris lors de notre séjour et sommes heureux d’avoir pu apprécier un autre modèle économique. On peut considérer qu’il y a deux options pour développer un meilleur traitement post-récolte. La première est d’encourager les petits planteurs à se regrouper (en coopératives) et de s’occuper eux-mêmes des traitements post-récolte, avec la conviction que cela leur permettra de bénéficier d’une plus grande valeur ajoutée. La deuxième option est de concentrer la fermentation, le séchage et le marketing à travers des entreprises comme Kokoa Kamili, entreprises spécialisées capable d’investir dans un suivi professionnel et ayant les ressources nécessaires pour innover. Nous sommes à présent de plus en plus convaincus que cette deuxième option peut être équitable et assurer un développement durable dans la plupart des cas.

Gabriel Metz

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